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On aime à penser qu'on est tous ouverts, chacun à sa manière, sur le monde tel que nous le pratiquons. Et puis pourquoi pas penser cela, quand sur le grand éventail de l'humanité nous voyons surgir régulièrement le spectre du dogmatisme et du fanatisme. Facile alors de se sentir à

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Au sujet d'Aboul

Aboul fait 1m61 et a de grands yeux. L'une de ses principales questions est de savoir s'il est possible d'aligner son mode de vie avec ses idéaux. Parfois ça ne marche pas et on en rigole bien.

On aime à penser qu'on est tous ouverts, chacun à sa manière, sur le monde tel que nous le pratiquons. Et puis pourquoi pas penser cela, quand sur le grand éventail de l'humanité nous voyons surgir régulièrement le spectre du dogmatisme et du fanatisme. Facile alors de se sentir à l'aise avec ses valeurs et ouvert sur autrui.

Néanmoins, ce qui m'interroge régulièrement dans mon travail est la diversité des compréhensions des mots et du monde. Mes missions m'amènent à côtoyer régulièrement de nombreuses cultures : celles de différentes lignes de métiers mais aussi celles de plus de 40 pays dans le monde. Je me retrouve au téléphone ou derrière mon écran à expliquer - en plusieurs langues, s'il vous plaît - les projets de mon entreprise et les prochaines étapes - ou next steps, pour les bilingues du jargon professionnel - et à vérifier que je me suis bien fait comprendre.

Et je ne peux m'empêcher de constater que même lorsque je parle la même langue que mon interlocuteur, et même lorsque nous sommes tous les deux bilingues en anglais, nous ne nous disons que très rarement exactement la même chose. Il y a comme un maniement autre de la langue, une vision très différente de ce qui pourrait paraître concret, une réalité conceptuelle et imaginaire divergente ou parallèle, mais surtout autre.

Ce qui est une façon verbieuse de dire : j'ai beaucoup de surprises au quotidien et parfois des mots simples comme "demain" prennent un sens inattendu dans la bouche de mes interlocuteurs.

En bon "third culture kid" - ce sont les enfants élevés par des parents d'une culture différente de celle du pays où ils résident -, j'ai souvent l'impression de savoir naviguer ces eaux complexes. Après tout, j'ai pris l'habitude d'intervenir dans des conversations quand un faux ami amenait un proche expliquer avec beaucoup d'aplomb qu'il avait demandé quelqu'un en mariage (ce verbe "propose" qui vous embrouille et vous rend si attendrissant, mes amis francophones), afin d'éviter que mes camarades pensent que nous étions fous chez les Aboul. J'ai patiemment expliqué à des anglophones que le mot "race" était un gros mot en France. J'ai même réussi à traduire une quantité industrielle d'expressions et de blagues sans jamais faire payer ces services utiles.

Seulement aujourd'hui et pour des raisons qui sont évidentes, je me demande en quoi je m'intéresse vraiment à la vision du monde des plus de 7 milliards de personnes sur terre avec qui je ne partage ni la nationalité, ni le quotidien, ni l'habitude de décrocher un vélib' tous les matins. Je me demande si je ne me suis pas laissée bercée par mes quelques repères et mon naturel bien pensant.

Je ne renie pas le fait d'être bien pensante - comme le dit très délicatement Sophia Aram : "je les emmerde" -, néanmoins je peux continuer de nourrir cet état d'esprit en sortant de ma zone de confort pour suivre les nouvelles des autres.

Après ce battage médiatique du monde entier sur Paris, et observant encore une fois les multiples interprétations, expressions et façons de montrer l'info, j'en viens à la conclusion que cela me ferait du bien d'ouvrir mes horizons et d'écouter et de lire ces nouvelles des autres.

Plusieurs options se présentent pour éviter de lire et de suivre toujours des récits identiques du monde :

  • aller chercher l'info là où elle se trouve, dans sa version originale. Cela veut dire parfois se faire violence et lire quelques articles par semaine dans une langue qu'on n'a pas pratiqué depuis le lycée (dans mon cas ce serait l'allemand !). En principe, on est tout d'accord que c'est une bonne chose et que les externalités négatives de cette démarche se limitent à un léger mal de crâne. C'est aussi une bonne façon de progresser dans l'apprentissage d'une langue, comme j'ai tenté de le faire avec ce portail d'Al Jazeera spécialement écrit pour les débutants de la langue arabe.

  • à défaut de savoir lire toutes les langues du monde, trouver ceux qui retraduisent du contenu original ou centralisent des points de vue "régionaux". Evidemment, Courrier International vient à l'esprit mais il y a des sites régionaux spécialisés et plus prolifiques. Par exemple Al Monitor, dont une partie du contenu est traduit directement des langues régionales - arabe, hébreu, turc -, et l'autre produite spécialement pour le site.

  • N'oublions pas les grandes chaines multilingues et multi régionales. Cela ne fait jamais de mal d'aller jeter un coup d'oeil à comment Al Jazeera, Russia Today, et d'autres traitent les nouvelles.

  • Enfin il y a aussi beaucoup de pays où des journaux nationaux en français ou en anglais comptent parmi les plus grandes références, souvent pour des raisons historiques mais pas uniquement. Alors si vous souhaitez avoir un aperçu libanais, marocain, algérien, tunisien, franco-russe du monde en français dans le texte, vous pouvez suivre L'Orient le Jour, L'Economiste, El Watan, la Presse ou Courrier de Russie. Si vous êtes plus vaillants avec l'anglais, un monde de journaux nationaux s'ouvre à vous : The Straits Times (Singapore), South China Morning Post (Hong Kong), Times of India (Inde), Philippine Star (Philippines), Daily Monitor (Ouganda), The Nation (Nigeria), The Daily Star (Bangladesh), Bangkok Post (Thaïlande) et franchement, j'en passe. Chacun de ces journaux pour voir les problèmes des autres et c'est dépaysant.

Pour conclure, la démarche peut se résumer à liker quelques pages Facebook ou suivre quelques comptes Twitter ainsi que de lire une demi douzaine d'articles de ces sources par semaine. C'est déjà une assez bonne façon de développer une vision plus panoramique du monde. Et plus marrante aussi.

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