Lectures étrangères - Amkoullel, l'enfant peul

Première excursion dans la littérature francophone sub saharienne. Quel aveu ! Sans doute j'oublis quelques livres francophones sub sahariens à mon actif - par modestie ou amnésie -, dans tous les cas il était grand temps de s'y intéresser. Le rayon de cette littérature mettait Amadou Hampâté Bâ très en avant,

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Au sujet d'Aboul

Aboul fait 1m61 et a de grands yeux. L'une de ses principales questions est de savoir s'il est possible d'aligner son mode de vie avec ses idéaux. Parfois ça ne marche pas et on en rigole bien.

Première excursion dans la littérature francophone sub saharienne. Quel aveu ! Sans doute j'oublis quelques livres francophones sub sahariens à mon actif - par modestie ou amnésie -, dans tous les cas il était grand temps de s'y intéresser. Le rayon de cette littérature mettait Amadou Hampâté Bâ très en avant, et j'avais déjà entendu son nom. J'ai choisi l'option facile, et me voilà repartie avec le premier tome de son autobiographie dans un tote bag en cotton écologique.

Je n'ai pas souvent choisi d'entrer dans l'univers d'un auteur par ses autobiographies et j'ai assez peu d'éléments de comparaison sur le style et le ton choisi. Ces prémices posés et pour entrer dans le vif du sujet : le livre est captivant.

Hampâté Bâ s'y exprime en témoin et conteur d'une époque et d'une terre, prenant grand soin d'expliquer à son lecteur, présumé étranger et lointain, le contexte et les pratiques de cette Afrique. Avec un paternalisme intellectuel non négligeable, il incorpore le sous-titrage indispensable à notre compréhension dans son récit principal, et se positionne en quasi guide. Durant les quelques 400 pages de l'histoire de son enfance il tient son lecteur par la main comme un guide touristique accompagnant des étrangers sur des ruines antiques. Car Hampâté Bâ considère qu'il écrit non seulement pour des francophones culturellement distants et incapables de se glisser dans sa peau, mais aussi à des générations pour qui le tournant du siècle dernier est incompréhensible.

Il n'a pas tout à fait tort. Un lecteur comme moi, sans points de repères culturels, religieux, ethniques, ou linguistiques et muni seulement d'une base historique, aurait eu du mal à le suivre sans ces efforts d'explication. On a même plaisir à se laisser apprendre, de manière rassurante, quelle était la réalité de ce territoire, de ces communautés, de cette temporalité. Car il le fait galamment et avec malice. On sent bien que par moments il nous adresse un sourire en coin parce qu'il a enjolivé de menus détails et rendu les faits légèrement plus palpitants. On lui laisse aussi passer ses généralisations sur "l'Afrique noire" alors que toute l'histoire se déroule sur une petite parcelle de l'Afrique. On ne sourcil pas lorsqu'il donne une vision sans doute trop paradisiaque de sa culture d'enfance. Et on fait semblant de ne pas remarquer qu'il venait somme tout d'une partie de la société plutôt aisée voire privilégiée - du moins culturellement - malgré les nombreux coups durs qu'ils ont enduré.

Le livre est si palpitant, les histoires si bien amenés et l'univers raconté si beau que j'ai honnêtement pris plaisir à m'isoler pour lire. J'en venais presque à faire des trajets de métro légèrement plus longs pour avoir la satisfaction de finir un chapitre. Il m'a donné envie de plonger plus dans la littérature d'Hampâté Bâ et de découvrir ses compères. En discutant justement des points évoqués plus haut une amie m'a conseillé de lire bientôt L'Aventure ambigüe de Cheikh Hamidou Kane. Cela ne saurait tarder.

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