Lectures Etrangères - La Lucidité

L'actualité politique vous dégoûte ? Vous vous laissez aller à rêver de scénarios improbables et impossibles ? Vous avez une sacrée colère mais ne savez pas comment l'articuler ? José Saramago, lui, prix Nobel de littérature, écrit un roman pétri de sarcasmes et d'idéalisme, sur le thème du vote blanc. En quelques mots,

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Au sujet d'Aboul

Aboul fait 1m61 et a de grands yeux. L'une de ses principales questions est de savoir s'il est possible d'aligner son mode de vie avec ses idéaux. Parfois ça ne marche pas et on en rigole bien.

L'actualité politique vous dégoûte ? Vous vous laissez aller à rêver de scénarios improbables et impossibles ? Vous avez une sacrée colère mais ne savez pas comment l'articuler ? José Saramago, lui, prix Nobel de littérature, écrit un roman pétri de sarcasmes et d'idéalisme, sur le thème du vote blanc.

En quelques mots, Saramago imagine un pays dans lequel plus de 80% de la capitale aurait voté blanc aux élections nationales. Prise de court, la classe politique nationale réagit d'un bloc, et accuse la capitale de terrorisme démocratique. Certes le vote blanc est un droit constitutionnel, mais non pas un droit dont l'exercice est accepté. Avec un style entre réalisme cynique et douce fantaisie, Saramago dépeint dans La Lucidité une démocratie aux abois.

"La sérénité impressionnante des électeurs dans la rue et à l'intérieur de bureaux de vote ne s'accompagnait pas d'une disposition d'esprit analogue dans les cabinets des ministres ou aux sièges des partis."

Il est question ici d'état d'exception, d'état de siège, d'une capitale abandonnée par des politiques qui se considèrent en guerre contre des conspirateurs internes. Et si cela vous rappelle les discours moroses et alarmants de ces derniers mois, vous serez peut-être surpris par la légèreté et l'humour qui y sont associés. Car la population "blancharde" est pacifiste et sans histoires. A part quelques fous et des conservateurs inquiets, elle se borne à vivre au quotidien en attendant patiemment que les politiques se rendent à l'évidence : la population refuse de cautionner le comportement des politiques. Et là réside une partie du mystère. Comment est-ce que 80% de la population peut se mettre d'accord sans qu'il y ait un complot ou violence ? Qui aurait pu organiser cette désobéissance légale ?

"Un matin les rues de la capitale furent envahies de gens portant sur la poitrine des autocollants proclammant, rouge sur noir, J'ai voté blanc (...) mais le plus saisissant (...) c'était un fleuve interminable de drapeaux blancs."

Tout à fait adapté à la lecture en bord de piscine et pour le repos estival, La lucidité a l'avantage de permettre de prendre du recule par rapport à l'actualité tout en faisant l'expérience d'un épisode cathartique. Par ailleurs, le style très particulier de Saramago prend parfois le pas sur l'histoire. Il n'utilise aucun guillemet d'un bout à l'autre de l'oeuvre, préférant séparer les phrases des différents interlocuteurs par des virgules. Son génie spécifique permet de faire avaler des phrases de plus d'une page de long sans froisser les lecteurs paresseux.

Et si l'idée de lire 350 pages vous rebute, ou au contraire, vous êtes un.e groupie inconditionnel de l'ouvrage et de Saramago, il existe aussi une pièce de théâtre inspirée de l'ouvrage. Ceux qui errent ne se trompent pas, mis en scène par Maëlle Poésy, et présenté cette année dans le IN du Festival d'Avignon, reprend les éléments principaux de cette histoire, avec une mise en scène d'une très rare beauté. Pour en savoir plus sur la pièce, vous pouvez en lire un compte rendu ici, et les prochaines dates de la tournée sont en bas du billet.

"Une règle invariable du pouvoir veut qu'il vaut mieux couper les têtes avant qu'elles ne se mettent à penser, car après ce sera probablement trop tard."

Pour finir, le plus marquant dans ce livre - comme dans la pièce, d'ailleurs -, c'est qu'il est tout à fait possible de faire de l'art politique, sans se faire militant. Avec un regard moins austère que 1984 de Geaorge Orwell ou Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley, les grandes questions politiques deviennent un sujet de littérature. Car la gravité du thème n'en retire pas l'absurdité de la condition humaine. Et cela mérite bien un petit rire en coin.

Prochaines représentations de Ceux qui errent ne se trompent pas :

  • Le 5 novembre 2016 à La Piscine – Théâtre Firmin-Gémier
  • Du 17 au 19 novembre 2016 au Théâtre du Gymnase, Marseille/Aix-en-Provence
  • Les 1er et 2 décembre 2016 au Granit – Scène nationale de Belfort
  • En Décembre 2016 au Théâtre de la Cité Intertionale, Paris
  • Les 10 et 11 janvier 2017 au Théâtre Sénart – Scène nationale
  • En Janvier 2017 au Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN
  • Le 26 janvier 2017 au Phénix – Scène nationale de Valenciennes
  • Le 31 janvier 2016 au Rive Gauche – Saint-Étienne-du-Rouvray

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