Lectures étrangères - Luka et le feu de la vie

De Salman Rushdie Je connaissais mieux sa légende que son œuvre ; l’auteur dont les écrits lui ont valu une fatwa internationale et des années de protection rapprochée était pour moi le symbole du risque encouru par les esprits vagabonds aux plumes agiles. Encore très jeune, j’avais surtout retenu

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Au sujet d'Aboul

Aboul fait 1m61 et a de grands yeux. L'une de ses principales questions est de savoir s'il est possible d'aligner son mode de vie avec ses idéaux. Parfois ça ne marche pas et on en rigole bien.

De Salman Rushdie

Je connaissais mieux sa légende que son œuvre ; l’auteur dont les écrits lui ont valu une fatwa internationale et des années de protection rapprochée était pour moi le symbole du risque encouru par les esprits vagabonds aux plumes agiles. Encore très jeune, j’avais surtout retenu la définition d’une fatwa, sans tellement demander à en savoir plus sur le livre qui avait suscité tant de colère.

Vingt ans plus tard, je m’attaque enfin à son œuvre – en évitant soigneusement les Versets sataniques, de peur de me m’immiscer dans la controverse sur la liberté d’expression – en prenant au hasard Luka and the Fire of Life. Le livre est assez court pour ne pas s'embarquer dans un marathon de pages, et assez léger pour se laisser emporter dans un sac à main du quotidien.

C'étaient d'inutiles précautions : j’ai découvert dès les premiers mots un univers fantasque et directe, embrassant les cultures indiennes et occidentales, modernes et antiques, dans un style semi comique. A chaque page, l’humour de Rushdie dessine un sourire sur mes lèvres et je peine à poser le livre, au prix de quelques heures de sommeil hebdomadaires plutôt nécessaires. Comment ne pas s'émerveiller de l'inventivité de Rushdie, qui amène Luka, l'enfant éponyme, tantôt à au centre du plus grand royaume magique de tous les temps, tantôt dans un jeu vidéo, et finalement dans le bien banale monde "réel" ?

Aux moyens du rire et du fantastique, Rushdie nous amène sur le terrain du conte initiatique, confrontant Luka à des choix, des compromis et des allégeances changeantes ou inattendus. Et surtout, comme dans le monde des contes, tout est bien qui finit bien. Sans moquerie, mais en toutes simplicité. Nous sommes presque dans un conte pour enfants et pourtant le niveau de langue et des références s'adresse d'abord aux adultes.

Pendant que Luka voyage dans la tête du conteur, ce livre nous laisser devenir l’intériorité de Rushdie, qui ne se cache pas d'être aux confluences de plusieurs cultures. Voici un homme né dans une famille sunnite de l’Inde britannique, émigré au Pakistan, élevé dans des écoles à Mumbai et au Royaume-Uni. Aujourd’hui il détient uniquement la nationalité britannique et s’est vu adouber « Sir » pour son œuvre littéraire anglophone. Les références littéraires, la culture donnée à ses mondes, l'humour en coin perçant et le ton générale optimiste témoignent de tant de facettes de ses identités que la dose d'imagination qu'il y rajoute achève d'émerveiller le lecteur.

La quête de Luka prend fin lorsqu’il a trouvé le feu de la vie et en refermant ce livre je sens bien que la mienne a tout juste commencé. Au delà du plaisir littéraire que ses ouvrages me procureront certainement, sa capacité à exprimer sereinement des appartenances multiples ne peut que renforcer ma conviction que les « multi-culti » peuvent trouver leur voix. Et ce sans faire de grands compromis ou se renfermer sur une unique facette de leur identité.

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