Lectures Etrangères - This is Happy

Pour la première fois je me permets de parler d'un livre qui n'a pas (encore) de traduction française. Les plus anglophones, anglophiles ou tentés de faire une lecture en VO pourront retrouver facilement sa trace. Pour les autres, il faudra attendre quelques mois, ou se rabattre sur ses romans traduits.

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Au sujet d'Aboul

Aboul fait 1m61 et a de grands yeux. L'une de ses principales questions est de savoir s'il est possible d'aligner son mode de vie avec ses idéaux. Parfois ça ne marche pas et on en rigole bien.

Pour la première fois je me permets de parler d'un livre qui n'a pas (encore) de traduction française. Les plus anglophones, anglophiles ou tentés de faire une lecture en VO pourront retrouver facilement sa trace. Pour les autres, il faudra attendre quelques mois, ou se rabattre sur ses romans traduits.

De passage au Canada fin septembre, j'ai eu le temps de me perdre dans une librairie. Après avoir sollicité des vendeurs visiblement incapables de citer des auteurs spécifiquement canadiens - quel contraste avec les européens bien plus obsédés par nos artistes nationaux -, j'ai réussi à trouver ma came littéraire sur un étalage dédié aux auteurs du "grand nord". Ignorant tout des écrivains Canadians - insérer ici un smiley de honte - j'ai choisi au hasard trois livres, dont celui-ci.

Comment s'est fait le choix du livre

Avoir entendu quelques jours plus tôt le très bouleversant discours d'Aliçia Sarah Raimundo à One Young World a eu une influence évidente sur mon choix. Une personne sur cinq vit avec un mal-être d'ordre psychologique, et pourtant le sujet est difficile à évoquer. Un titre comme This is Happy m'y a fait penser, et des quelques mots à l'arrière du bouquin, j'ai compris que Camilla Gibb faisait partie des un sur cinq, et qu'elle n'en avait pas honte.

Autre détail non négligeable : comme la plupart des livres anglophones, l'objet en lui même est une perle de marketing, compilant les citations positives et intelligentes de critiques de tous les journaux canadiens. J'étais donc entre de bonnes mains.

La dépression, le bonheur, le droit au déséquilibre

On rentre rapidement dans le vif du sujet. Un père diagnostiqué comme egomaniac avant la trentième page, une mère ancienne agent du MI5 - service d'espionnage britannique - qui élève finalement ses deux enfants seule au Canada, et une tentative de suicide de l'auteure avant ses 20 ans. La raison d'être du livre, à savoir la petite fille de Gibb, apparait bien plus tard, et prend progressivement la première place.

Cependant, rien dans ce livre ne sonne comme une lamentation. Pas de reproches, de culpabilité, de regrets : Gibb a vécu des épisodes de dépression terrible et pourtant sa vie est remplie à ras bord d'expériences et de réussites à couper le souffle. Une vision plus proche et réelle, voire crue, de la réalité d'une vie avec la souffrance psychique. Et pour ceux qui n'y connaissent pas grand chose à la dépression, c'est une vision assez nouvelle pour valoir le détour. D'autant plus qu'elle résume 30 ans d'histoire des traitement psychologiques avec une dose d'humour.

Gibb a aussi la faculté d'ignorer les couches de reproches que nous faisons inconsciemment à ceux qui ont des pensées suicidaires. Une partie de nous même n'arrive pas à comprendre que l'on puisse renoncer à la vie. Même mourant à petit feu, même souffrant dans sa chaire, l'être humain n'a que rarement le droit moral ou légal de réclamer la mort. A voir les débats sur la "fin de vie", la question ne se résout pas facilement. Avec Gibb on touche au droit d'un individu à se sentir plus bas que terre, et se relever et retomber, et construire petit à petit. On voit d'autres membres de la famille choir, sans savoir s'il faudrait les rattraper. Mais sans reproches. De manière presque scientifique.

La notion d'enracinement et de famille

Si Gibb joue parfois un rôle d'observateur dans sa propre vie, c'est peut-être aussi parce qu'elle est anthropologue de formation. D'ailleurs, cette spécialisation fait écho à son histoire, puisque née en Angleterre et immigrée au Canada, puis éloignée de plusieurs membres de sa famille, elle cherche aussi des clefs pour comprendre ce qu'elle est. Elle choisit d'étudier le Moyen Orient en souvenir du premier copain arménien-libanais de sa mère, et finit par passer une année en Egypte et une seconde en Ethiopie.

Ce qui semble d'abord ancrer et enraciner Gibb c'est l'écriture. Par ce biais - et la réussite de son premier roman - elle acquiert l'identité qui mène aussi à sa rencontre avec son partenaire. Second ancrage : le couple. Tant et si bien qu'un désire d'enfant lui vient, tardif et inattendu, tant l'expérience de sa propre mère l'aura rebuté. Ce désire d'enfant ouvre la porte vers la seconde moitié du mémoire, qui se concentre sur le long parcours vers la maternité, d'une femme subitement esseulée et terrifiée par ce nouvel être qu'elle doit mettre au monde et élever.

Et là il se passe une chose étrange. Alors que l'enfant arrive au pire des moments et que Gibb passe l'essentiel de la grossesse à pleurer et retaper un logement de fortune, elle aura la bonne idée de s'entourer des meilleurs personnes. De manière quasiment kitch, au fil des mois Gibb parvient à se créer une famille, un enracinement et une communauté autour de son enfant. Chacun cherche à être le meilleur possible pour "the Egg" comme elle appelle l'enfant, sans forcément y parvenir. Voilà que 250 pages plus tard nous sommes face à des personnes certes imparfaites, mais prêtes à accueillir l'avenir avec une nouvelle confiance. C'est sacrément uplifting, comme on dirait dans sa patrie.

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