Tentatives d'être moins Lost in the Supermarket

Après les défis autour de la salle de bain quasi zéro déchets, la cuisine s'annonce comme la nouvelle frontière. Qui dit cuisine, dit courses alimentaires. La résolution 2017 est de changer mon rapport aux supermarchés et achats alimentaires. Ici je raconte pourquoi je me suis inscrite à la coopérative parisienne

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Au sujet d'Aboul

Aboul fait 1m61 et a de grands yeux. L'une de ses principales questions est de savoir s'il est possible d'aligner son mode de vie avec ses idéaux. Parfois ça ne marche pas et on en rigole bien.

Après les défis autour de la salle de bain quasi zéro déchets, la cuisine s'annonce comme la nouvelle frontière. Qui dit cuisine, dit courses alimentaires. La résolution 2017 est de changer mon rapport aux supermarchés et achats alimentaires. Ici je raconte pourquoi je me suis inscrite à la coopérative parisienne la Louve.

Supermarché et superdéprime

Le supermarché, ce lieu qui fait ressortir différentes bizarreries. Les rayons interminables de produits semblables en concurrence pour le privilège de voyager dans nos systèmes digestifs m'effraient. Classique, me diront les fans de The Clash. Normal d'être Lost in the supermarket dans un siècle qui peine à extraire l'individu de la masse.

Passons sur ces considérations pseudo-métaphysiques et rappellons les critères qui font hésiter les consommateurs modernes : goût, qualité, prix, emballages polluants, lieux de production, impact carbone, capacité technique à cuisiner. Prenez une personne particulièrement incapable de prendre des decisions rapides lorsqu'un optimum idéal n'existe pas. Vous la verrez, hésitante, avec un air de dolorosa tragi-comique, entre les tomates cerises danoises élevées en serre, les tomates cerises en vrac venant d'Afrique du Sud, et les tomates cerises bios françaises sous plastique. Et on n'est même pas encore arrivé aux rayons de produits transformés.

Super alternatives et supermarchés alternatifs

Il existe beaucoup d'alternatives aux supermarchés façon années 90s. Les AMAP et des associations comme La Ruche qui dit oui permettent de consommer des fruits et légumes locaux en se sentant intégré.e dans une communauté de producteurs et de consommateurs. Plus traditionnellement, aller au marché équipé.e de ses propres sacs et bocaux permet toujours de limiter les emballages et d'apprendre à connaitre ses producteurs.

De manière réaliste, nos horaires et contraintes ne permettent pas à tous d'avoir l'assiduité nécessaire pour choisir ces options. Et puis on est bien contents de pouvoir faire toutes nos courses au même endroit, jusqu'à 21h en semaine, à moins d'un quart d'heure à pieds de chez soi. Le supermarché n'est pas prêt de mourir, et ce n'est peut-être pas nécessaire.

D'ailleurs vous avez sans doute remarqué que les supermarchés changent. Non seulement les Naturalia, Bio C'est Bon et autres attrape bobo - souvent très chers et de qualité variable - sont devenus banals, mais les enseignes traditionnelles tentent de nouvelles choses. Citons Franprix, qui change sa logistique en 2012 pour approvisionner ses boutiques parisiennes par la Seine, réduisant ainsi son impact carbone. Puis le vrac apparait petit à petit dans leurs rayons. Et certaines enseignes proposent des boutiques complètements dédiées au bio, notamment Carrefour Bio, qui souhaite "promouvoir le bio de manière moins militante."

Super, les coopératives arrivent !

Mais voilà qu'un nouvel acteur entre en scène au nord de Paris : La Louve. Was ist das? Un supermarché coopératif. Cela veut dire que pour acheter dans ce supermarché, il faut être membre de la coopérative. Et pour en être membre il faut assister à une réunion d'information, acheter des parts (100€ par personne, ou 10€ pour les personnes remplissant certains critères sociaux), et donner trois heures de son temps toutes les quatre semaines. En quelques mois, plus de 4.000 parisien.e.s se sont déjà ruée.e.s pour adhérer à la coopérative. Pourquoi ?

L'offre de la Louve répondra aux exigences des plus tatillons et ce avec une dose de réalisme. Tous les produits ne seront pas bios à proprement parler, mais la politique d'achats est affichée clairement :

"Nous prenons en considération avec le même sérieux chacun de nos principes fondamentaux : le goût, la durabilité environnementale, le respect du commerce équitable et des conditions de travail de nos producteurs, la pratique de prix bas et le devoir de satisfaire les besoins culinaires, très hétérogènes, de nos membres…"

De plus, comme chaque membre de la coopérative est aussi propriétaire de la Louve, si l'un.e d'entre eux souhaite proposer qu'un produit entre dans la gamme du supermarché, il ou elle peut le faire librement. Chaque demande sera étudiée et si le produit finit par être refusé, les coopérateurs pourront savoir pourquoi. D'ailleurs, de nombreuses AG permettent aux membres de la coopérative de décider collectivement des orientations stratégiques de la Louve, et chaque personne détient une voix - quelque soit la somme investie à l'inscription.

Autre attrait non négligeable, une gamme de prix sensiblement plus basse que dans d'autres supermarchés. Comme les membres de la coopérative remplissent, en équipe, les rôles traditionnellement attribués à des employés, les charges financières sont nettement plus basses et se répercutent sur le prix. De plus, la Louve appliquera une marge unique de 20%, ce qui n'est pas le cas de la plupart des supermarchés, et cela se sentira par exemple sur les produits "petit plaisir", comme le chocolat...!

Qu'espèrent les nombreux coopérateur parisiens et futurs coopératives en France ? Un autre rapport à la consommation alimentaire, plus d'implication, appartenir à une collectivité, sans payer ce privilège uniquement avec le portefeuille. Reste à voir si cela va vraiment suffire pour la cuisine quasi zéro-déchets. Affaire à suivre.

Pour aller plus loin :

  • Très bon résumé de l'essor des supermarchés coopératifs en France, par Anne-Sophie Nouvel dans son blog du Monde
  • Témoignage de Caroline de Malet du Figaro - qui, elle, a effectué son premier service - dans son blog Share qui peut
  • Le site de la Louve, avec le documentaire sur la coopérative américaine phare Park Slope Coop.

Récemment inscrite, je n'ai pas encore fait mon premier service, mais je confirmerai dans les mois qui viennent si la Louve m'aidera dans mes démarches de réduction des déchets de cuisine, tout en réduisant les terribles dilemmes dans les rayons.

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