Nadine - son papi jamais appelé

L’histoire de la famille de Nadine est une histoire avec une fin heureuse comme on n’en voit plus en dehors des salles de cinéma. Nadine nous reçoit en plein hiver dans un appartement aux couleurs pastel du 15ème arrondissement parisien, et nous propose thé, galette des rois et

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Au sujet d'Aboul

Aboul fait 1m61 et a de grands yeux. L'une de ses principales questions est de savoir s'il est possible d'aligner son mode de vie avec ses idéaux. Parfois ça ne marche pas et on en rigole bien.

L’histoire de la famille de Nadine est une histoire avec une fin heureuse comme on n’en voit plus en dehors des salles de cinéma.


Nadine nous reçoit en plein hiver dans un appartement aux couleurs pastel du 15ème arrondissement parisien, et nous propose thé, galette des rois et patisseries orientales. C'est dans ce cadre que nous lui demandons de nous parler de ces grands-parents. Au détour de l'histoire de famille, nous apprenons à connaître une France qui nous paraît aujourd'hui si lointaine, traversée par la guerre.

Les enfants dans la guerre

Nadine et sa soeur jumelle sont nées en 1937 en Bretagne. Leur famille a dû se relocaliser ensuite à Epinal, dans les Vosges, alors zone interdite, coupée du reste de la France par la Nordost Linie ou ligne noire, et destinée à devenir une zone de peuplement allemande.

Elle nous raconte les nuits blanches passées dans l’abri anti-bombes à prier pour la survie de sa famille, en tenant le chapelet. Les mois consécutifs sans nouvelles de son grand frère parti au front. La dignité de sa mère qui les a attrapées fermement, chacune par une main, en regagnant leur maison à pied après un bombardement, sans savoir si la maison vers laquelle elles se dirigeaient tiendrait encore debout, ou si leur grand-père serait encore vivant. Et les moments de retrouvailles et de salut qui ont suivi ces tensions. En écoutant Nadine, on est saisi mais on reste confiant que tout va bien se terminer, car elle a, dans le ton de sa voix la ferveur des combattants, et des yeux constamment pétillants.

Un grand-père qui traverse toutes les guerres à l'arrière

Joseph, le grand-père de Nadine, a occupé une place importante dans sa vie jusqu’à son décès, survenu lorsqu’elle était âgée de 13 ans. Il avait quitté sa Bretagne natale pour suivre la famille de Nadine dans les Vosges. Les parents de Nadine étant préoccupés par la Guerre et occupés à trouver un moyen de subsistance pour la famille, Joseph s’est occupé d’elle et de sa sœur jumelle à la manière d’une nounou, d’un répétiteur, presque d’un père et d’une mère.

« Il servait de nounou », il enseignait le dessin l’après-midi et lisait des histoires le soir. Grâce à lui, Nadine savait lire l’heure à 3 ans et demi. Elle garde le souvenir très vif de son grand-père qui, quand il n’était pas satisfait du travail de l’une des deux jumelles, lançait un juron breton : « toui ! », en tapant son béret sur la table. Joseph avait traversé 3 guerres, sans jamais être appelé au front car né en 1864, donc trop jeune pour combattre dans le conflit franco-prussien, puis déjà trop âgé pour la Première Guerre Mondiale, sans parler de la Seconde Guerre. Il nous est décrit par Nadine comme un homme droit, solide, et soutenant sa famille à travers cette grande tourmente.

« C’était une période où tout le monde chuchotait. »

Les nouvelles du front, l’aide apportée aux juifs du quartier, la fuite en territoire libre, toutes les informations se donnaient à voix basse. Les parents de Nadine, eux aussi, chuchotaient pour parler du grand frère. L’aîné s’était engagé à 17 ans dans l’Afrika Korps de la Wehrmacht, seul moyen de quitter la zone interdite et de ne pas être envoyé en camp de travail forcé. Une fois arrivée en Afrique du Nord, il déserte l’Afrika Korps allemande et traverse le désert à pieds pour rejoindre les troupes du colonel Leclerc, alors sur le point de prêter le serment de Koufra. Ce n’est qu’après avoir participé à plusieurs campagnes africaines, à la campagne normande, à la libération de Paris et de la poche de Royan, qu’il peut regagner Epinal où il retrouve sa famille.

Autant d’années pendant lesquelles la mère de Nadine est restée digne et courageuse, alors qu’il lui manquait clairement une partie d’elle-même, et qu’elle vivait dans la hantise d’apprendre que son fils était mort.

Nadine nous confie que perdre son grand-père a été l’événement le plus déchirant de sa vie, il avait été un élément de constance, quand tout s’effondrait. Du début à la fin, un rempart contre l’atrocité, qui ne manifestait jamais sa peur, un moyen de vivre une enfance à peu près normale.

De l'enfance à l'âge adulte

Elle s’est rattachée comme elle a pu à vivre une enfance normale, et pourtant sa vie d’adulte n’a rien eu de “normal”: après avoir quitté le foyer familial très jeune et contre l'avis de sa mère, pour apprendre le métier d'infirmière, Nadine a passé presque toute sa vie à exercer ce métier au Moyen-Orient et en Afrique. Autant dire que pour une femme de sa génération, exercer une profession en Afghanistan, au Liban et dans les pays les plus reculés du monde, n'avait rien de normal. D'ailleurs cette vie de nomade se reflète dans la décoration de l'intérieur de Nadine, fait de pièces trouvées aux quatre coins du monde.

Elle confie, sans trop oser se montrer nostalgique, qu’elle regrette que le mot ferveur soit tombé en désuétude. Un an après avoir mené cet interview, c’est l’impression que je retiens de cette dame de 79 ans : une grande ferveur et une grande énergie.

Merci à elle pour son témoignage, son accueil, et sa force contagieuse.

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