Pink Tax - Une coupe de cheveux au même prix

Il y a quelque temps, la pink tax, cette majoration des prix de produits marketés pour les femmes, faisait couler de l'encre. Je m'en croyais plutôt exempte, car je consomme assez peu de produits emballés en rose. Puis la taxe rose m'a rattrapé chez le coiffeur. Vous avez remarqué que

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Au sujet d'Aboul

Aboul fait 1m61 et a de grands yeux. L'une de ses principales questions est de savoir s'il est possible d'aligner son mode de vie avec ses idéaux. Parfois ça ne marche pas et on en rigole bien.

Il y a quelque temps, la pink tax, cette majoration des prix de produits marketés pour les femmes, faisait couler de l'encre. Je m'en croyais plutôt exempte, car je consomme assez peu de produits emballés en rose. Puis la taxe rose m'a rattrapé chez le coiffeur.

Vous avez remarqué que les coupes coutent plus cher lorsqu'il s'agit d'une femme. Nous le savons tous et nous l'acceptons, avec un raisonnement inconscient, bienveillant et explicatif. Soit on raison selon la loi de la fréquence de consommation, par exemple on se dit que c'est parce que les cheveux longs réclament moins de coupes, d'où des passages moins fréquents chez le coiffeur et un tarif plus élevé. Soit on construit une argumentation sur la technicité : couper les cheveux d'une femme est plus difficile, et leur apparence sans doute plus importante.

Pourquoi pas. Je ne me posais pas beaucoup la question car j'évitais soigneusement de me faire couper les cheveux plus de deux fois par an, et je le faisais au plus bas prix.

Puis j'ai changé de coupe, optant pour quelque chose de nettement plus court, et je me suis préparée à une nouvelle relation avec les coiffeurs, une relation plus proche de celle qu'entretiennent mes amis garçons : une visite au moins tous les deux mois, sous peine de ressembler à un boy scout abandonné dans les bois.

Et là, j'ai ressenti quelque chose de nouveau en regardant les prix affichés par les coiffeurs. De l'effroi, comme toujours, mêlé à cette indignation primitive, semblable à celle qui m'avait poussée à poliment faire remarquer à un professeur de sport qu'on était des filles, pas des limasses, et est-ce qu'il pourrait nous laisser jouer au foot au lieu de nous "apprendre comment fonctionne un ballon" pendant trois cours. Au passage, j'ai sacrifié ma moyenne de sport pour l'égalité de traitement des sexes, et j'étais trop distraite pour signaler la revanche du professeur de sport à la proviseur du collège.

Pour revenir à la pink tax des coiffeurs, j'ai pris mon courage à dix doigts, et clapoté sur le web, à base de recherches comme "coiffure même prix homme / femme" sans trouver grand chose. Il faut dire que quelques articles se battent en duel pour expliquer que "c'est normal que les filles paient plus cher car ce n'est pas la même technique." Heureusement, j'avais encore en tête les paroles de mon dernier coiffeur : "couper des cheveux courts est infiniment plus difficile que les cheveux longs". Je savais que j'avais raison de vouloir qu'on me coupe au même tarif que mes amis sans ovaires.

J'ai ensuite tenté une approche plus directe. Je suis entrée à l'improviste chez un barbier-coiffeur pour bénéficier de leurs tarifs. Après tout, j'ai la même coupe que tous les hipsters qui vont chez le barbier, moins la barbe. On m'a gentiment expliqué que ce lieu était "conçu pour les hommes", et que bien que j'avais la même coupe que ces messieurs, on ne me couperait pas les cheveux. Sur le moment j'étais si sidérée que j'en ai oublié tous mes mots clefs - sexisme, illégale, discrimination -, je suis sorti et j'ai appelé un ami en chouinant. Ce n'était pas agréable comme expérience, et je persiste à croire que la démarche n'est pas absurde. Ne voulant pas forcer des coiffeurs à me couper les cheveux, n'ayant à cet instant précis pas la force pour entamer cette discussion - je m'y préparait mieux dans un mois - j'ai laissé tomber. Mais j'invite plein de filles aux cheveux courts à se rendre chez des barbiers, et y tenter leur chance.

Je ne me suis pas découragée, et ce malgré toute la volonté que l'univers des coiffeurs parisiens mettait à m'expliquer que mes cheveux sont intrinsèquement plus chers à coiffer du fait de mes deux chromosomes X. J'ai recommencé les recherches sur le web et finalement trouvé un coiffeur qui pratique les mêmes tarifs, quelque soit la forme de ce qui se trouve entre vos jambes.

J'y suis allée.

Ils n'ont pas revendiqué une attitude particulièrement révolutionnaire, pas de transgenrisme, gender fluid, ou autre chose, simplement des coiffeurs sympas, pros, ouverts sur la vie ET pratiquant une tarification qui ne dépend pas de mes chromosomes

Bref, il est tout de même possible, à Paris, au XXI° siècle, de se faire couper les cheveux au même tarif que le sexe qu'on n'est pas, si vous voyez ce que je veux dire. Une pink tax évitée !

Pour aller plus loin:

  • la littérature des Internet commence à se pencher sur la pink tax, voici deux exemples, l'un au Guardian (en anglais) l'autre dans l'Express
  • un super documentaire, pour ceux et celles qui ont une petite heure
  • Et pour voir les principales idées, en seulement 9 minutes


  • Si vous êtes curieux, le salon où je suis allée est Bubble Factory, les parisiens et parisiennes ne se reconnaissant pas dans les pratiques de pink tax s'y sentiront à leur aise. Bien entendu, si je fais la petite pub c'est qu'ils coupent très bien. Il y a aussi Tchip, qui ne m'ont jamais déçu.

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